lycée, Santé, Témoignages

Alcool & jeunesse en 2022

Banalisé, l’alcool est présent à toutes les occasions sans que cela soit remis en question. Comprendre le rapport des jeunes de ma génération (et de leurs parents !) avec cette substance, c’est ce que je m’efforce à faire de plus en plus, notamment depuis le lycée. Si ce billet retentit comme un coup de gueule, c’est parce que je suis inquiète et peut-être même fascinée par la place de l’alcool dans notre société.

Hier matin, j’ai voulu prendre des nouvelles de mon amie partie pour quelques jours à Berlin afin de prendre des cours de langue, puis profiter du reste de la journée pour explorer la ville ou faire des rencontres. C’est alors qu’elle m’apprend qu’elle est à l’hôpital pour intoxication à l’alcool ; elle n’a plus aucun souvenir de la fin de soirée de la veille. Certains pourrait dire « ça arrive », d’autres que « ça lui fera une bonne leçon ». Mais indépendamment de cette personne que j’estime beaucoup, comment peut-on en arriver là ?

Flashback. Voyage scolaire en début d’année à Berlin. Soirée dans un parc le samedi soir avec nos correspondants allemands. La bière principalement coule à flots, l’autorisation légale décomplexant la consommation. Bon, après tout, chacun devrait connaître ses limites donc y a-t-il vraiment de quoi en faire une affaire d’État ? Justement : plusieurs comportements m’ont interpellé. Tout d’abord l’allégresse générale, comme si une vraie cohésion de groupe devait se baser sur la présence de cette boisson. Entre ceux fiers de leurs prouesses physiques, capables d’ingérer bouteille sur bouteille, et les autres, sobres, qui aiment à rappeler les conneries faites par ceux bourrés, heureux d’avoir « préservé leur vertu » : où dois-je me situer ? L’idée même que l’on soit incapable de s’amuser sans alcool me désole, parce qu’au fond cela signifie que les gens ne savent pas s’abandonner, être spontané et être enclin aux confidences sans s’être anesthésié au préalable. Si l’on ne s’autorise aucune extravagance avec ses proches lorsque l’alcool n’est pas en jeu, ne faut-il pas simplement changer d’amis ?

Autre phénomène inquiétant que j’ai remarqué : les buveurs ne se protègent pas les uns les autres. Tendre encore un verre à quelqu’un qui ne tient plus sur ses jambes et tient des propos incohérents me dépasse complètement. Idem pour les spectateurs, trop occupés à rire de l’état second de ceux qui picolent. Quelles sont leurs intentions ? Se retrouver au point de ne plus se souvenir de rien est la façon la plus simple de fuir ses propres démons, mais aussi la plus dangereuse : je n’ai pas assez confiance en les autres dans un milieu festif pour qu’ils veillent sur moi. Qui sait ce qu’il pourrait m’arriver, qui pourrait profiter de moi ?

Ce que je m’apprête à écrire va paraître sûrement extrême mais je crois sincèrement que c’est aussi un peu un privilège de se retrouver à l’hôpital pour cette raison (par rapport à l’histoire de mon amie qui a par ailleurs droit à l’erreur), vu tous les problèmes de santé qu’il peut nous arriver et qui ne seront pas de notre faute. Plus le fait d’être dans un pays étranger, ou juste dans un système hospitalier déjà fortement éprouvé par les crises successives. Cet événement n’est-il pas un symbole de notre génération ?

Je ne pense évidemment pas que la solution à cet excès soit la prohibition. Dans un monde idéal, il faudrait que chacun soit conscient, objectivement, de son rapport à l’alcool. Qu’on apprenne que ce n’est pas un moyen indispensable à l’amusement. Qu’il faut être responsable de soi et de son état de santé. En un mot, avoir une consommation raisonnée. Peut-être l’envisager comme un moment d’exception, comme on irait au cinéma ou voir une exposition. Apprécier simplement le goût, puisqu’il s’agit aussi d’une pratique culturelle et patrimoniale.

6 réflexions au sujet de “Alcool & jeunesse en 2022”

  1. L’alcool est un faux ami. Je suis tout à fait d’accord, on peut très bien s’amuser sans boire. Garder les idées claires et le controle est important d’autant plus que l’alcool en soirée suivi de la conduite est pour moi inadmissible.

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  2. Coucou ! C’est vrai que l’alcool étant une drogue très banalisée dans nos cultures, ont a parfois du mal à voir ses dangers, alors qu’ils existent. Enfin je pense qu’on a déjà fait du chemin par rapport aux années 50 ou on servait du vin aux élèves à la cantine 🥴

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  3. Je suis d’accord avec Lenou, on a fait du chemin, il y a beaucoup plus d’informations sur les risques liés à la consommation d’alcool, notamment pour les femmes enceintes. Mals la surconsommation d’alcool est totalement banalisée, surtout si elle a lieu dans un cadre festif et amical. Les réflexions que tu écris ici, je me les suis faites aussi quand j’étais lycéenne et étudiante… il y a 20 ans. Malheureusement, la situation a peu évolué.

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